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Musée de la Cour des Potiers

Heritage
M Maria C.

Now I have thorough research. Here's the article:

Musée de la Cour des Potiers : trois siècles de terre, de feu et de mémoire à Ferrière-la-Petite

Il faut imaginer la chaleur. Soixante-dix heures de cuisson, le rougeoiement des braises visible à travers les ouvertures du four, l'odeur âcre du sel jeté dans les flammes qui se vitrifie sur le grès en un émail translucide. Dehors, le village entier vibre au rythme des poteries — douze ateliers, deux cents artisans, un demi-million de pièces par an. Nous sommes à Ferrière-la-Petite, petit bourg de l'Avesnois niché dans le département du Nord, et la terre qu'on foule sous les pieds est la même que celle qu'on façonne sur les tours depuis des siècles.

Aujourd'hui, le Musée de la Cour des Potiers conserve la mémoire de cette épopée céramique. Installé dans l'ancienne poterie Lambert — la dernière à avoir éteint ses fours —, il abrite l'un des rares fours-bouteilles encore debout en France, classé Monument Historique. Mais plus qu'un musée, c'est un lieu vivant où l'argile se travaille encore, où les gestes ancestraux se transmettent, où trois cents ans d'histoire se racontent dans la matière.

Musée de la Cour des Potiers

Photo: See Wikimedia Commons, See file page. Source

L'arrivée de Gilles Gibon : l'étincelle fondatrice

Si des fragments de poteries retrouvés dans des tombes romaines et mérovingiennes attestent d'un travail de l'argile très ancien dans la région, c'est en 1718 que l'histoire moderne de la poterie à Ferrière-la-Petite commence véritablement. Cette année-là, Gilles Gibon, maître potier originaire de Bouffioulx près de Charleroi en Belgique, obtient l'autorisation de s'installer dans le village avec son fils. Il apporte avec lui une technique qui va tout changer : la cuisson du grès salé, un procédé où le sel marin, projeté dans le four à haute température, se dépose sur les pièces en un glaçage naturel, imperméable et d'une beauté singulière.

Les argiles et marnes de compositions variées que les potiers trouvent dans les terrains de Ferrière-la-Petite et Ferrière-la-Grande sont idéales. Très vite, la production s'installe, se diversifie — cruches, écuelles, bouteilles, pots à sel, pintes, vases décoratifs — et le village se transforme en véritable centre céramique.

1718

Gilles Gibon franchit la frontière belge et allume le premier four à grès salé de Ferrière-la-Petite — une flamme qui brûlera pendant 239 ans.

1789

L'âge d'or : douze poteries, 192 artisans, un demi-million de pièces par an. La même année, Charles de Bousies et Louis-Joseph Delannoy fondent la faïencerie.

1806

Le Blocus continental de Napoléon coupe les importations anglaises — la faïence de Ferrière prospère à l'abri de la concurrence.

1871

Aimé Delmer ferme définitivement la faïencerie. Quatre-vingts ans de vaisselle fine s'achèvent dans le silence.

1957

La poterie Lambert éteint ses fours pour la dernière fois. Le dernier des douze ateliers tourne sa page — Ferrière ne cuit plus.

1984

Le four-bouteille monumental est classé Monument Historique — la République reconnaît ce patrimoine fragile avant qu'il ne s'effondre.

1994

Le musée est officiellement inauguré par le président du Conseil régional. La cour des potiers renaît, cette fois pour transmettre.

2018

Le tricentenaire : trois cents ans jour pour jour après l'arrivée de Gilles Gibon, Ferrière célèbre son héritage de terre et de feu.

La faïencerie : l'élégance née de l'argile

Parallèlement aux poteries de grès, une autre aventure se joue à Ferrière-la-Petite. En 1789 — année de révolutions en tout genre —, Charles de Bousies, ancien seigneur du village, et Louis-Joseph Delannoy s'associent pour ouvrir une manufacture de faïence. La production est remarquable : une vaisselle de ménage en faïence stannifère, à l'intérieur blanc immaculé orné d'un émail brun résistant à la chaleur, tournée grâce à deux moulins alimentés par les eaux de la Solre.

L'arrivée de Jean-Baptiste Gaudry, originaire de Tournai, et surtout le talent de son fils Élisé Gaudry, peintre doué dont les décors originaux rehaussent considérablement la valeur des pièces, marque un tournant artistique. Le Blocus continental instauré par Napoléon en 1806 donne un souffle supplémentaire à la manufacture en coupant la concurrence anglaise. Mais la paix revenue, les importations reprennent, les propriétaires se succèdent — Delannoy, puis Armand Gossuin en 1838, puis la famille Delmer en 1863 — et la faïencerie ferme définitivement ses portes en 1871.

Musée de la Cour des Potiers

Photo: Chatsam, CC BY-SA 3.0. Source

Le long déclin et la dernière flamme

Les poteries de grès, elles, résistent plus longtemps — mais le déclin est inexorable. En 1850, il ne reste que quarante potiers. En 1904, cinq ateliers de grès subsistent. En 1936, seuls les ateliers Gibon & Taulet et la fabrique de pipes Jenot & Mousset fonctionnent encore. La poterie Lambert, tenue par la famille depuis des générations, est la dernière à cuire. Quand ses fours s'éteignent en 1957, c'est un silence de deux siècles et demi qui s'installe dans les cours de Ferrière-la-Petite.

En 1962, un incendie ravage la fabrique de pipes Jenot & Mousset, qui ne sera jamais reconstruite. En 1977, Henri Lambert, fils d'Auguste et dernier héritier de la lignée, s'éteint à son tour. Il semble que tout soit perdu.

La renaissance : de ruine à musée vivant

Mais à Ferrière-la-Petite, l'argile colle aux mains et à la mémoire. La même année 1977, sous l'impulsion d'Umberto Battist, maire du village, et de Jean Moncomble, adjoint, un mouvement de réhabilitation prend forme autour de la poterie Lambert abandonnée et de son four-bouteille monumental. Ce four extraordinaire — environ trente mètres cubes de briques réfractaires, une silhouette massive en forme de bouteille qui domine les toits — est l'un des derniers de ce type en France.

Musée de la Cour des Potiers

Photo: Chatsam, CC BY-SA 3.0. Source

En 1982, le four est rallumé pour la première fois depuis un quart de siècle — une cuisson symbolique qui marque le retour de la flamme. Deux ans plus tard, en 1984, le four et les façades du bâtiment sont inscrits et classés aux Monuments Historiques. Et en 1994, le musée est officiellement inauguré par le président du Conseil régional.

Ce que le musée préserve

Aujourd'hui, géré par l'association « Ferrière-la-Petite : terre, art et traditions », le Musée de la Cour des Potiers est à la fois conservatoire et atelier. Ses collections témoignent de chaque époque : les grès bleus décorés du XVIIIe siècle, délicats et précieux, les grès bruns utilitaires du XIXe, robustes et honnêtes, et les faïences fines issues de la manufacture Delannoy-Gossuin. On y trouve des cruches, des pichets, des pots à tabac, des vases ornementaux — chaque pièce portant dans ses imperfections la marque d'une main humaine et les caprices du feu.

Musée de la Cour des Potiers

Photo: Chatsam, CC BY-SA 3.0. Source

Mais la Cour des Potiers ne se contente pas d'exposer. Des ateliers de tournage, de modelage et des stages de plusieurs jours sont proposés au public. Le grès salé s'y cuit encore, perpétuant la technique exacte que Gilles Gibon importa il y a plus de trois siècles. C'est cette dimension vivante — le tour qui tourne, l'argile qui monte entre les doigts, le sel qui crépite dans la fournaise — qui fait du lieu bien plus qu'un musée : un acte de résistance contre l'oubli.

Visiter la Cour des Potiers

Le musée se trouve au 1, cour des potiers, 59680 Ferrière-la-Petite, dans l'Avesnois, aux portes de la frontière belge. Le site propose des visites guidées qui permettent de descendre dans les entrailles du four-bouteille et de comprendre, de l'intérieur, l'ampleur de cette architecture industrielle devenue monument.

Cet article est né en partie grâce à de vieilles photographies et enregistrements qui ont refait surface lorsqu'une personne a confié ses souvenirs personnels à la numérisation. Cela nous a amenés à nous demander combien d'autres trésors dorment encore dans des greniers, des boîtes à chaussures ou de vieux placards — des souvenirs liés au Musée de la Cour des Potiers, à ses potiers, à ses fêtes de la terre. Si vous détenez des documents anciens connectés à cette histoire, des services comme EachMoment peuvent aider à les préserver pour les générations futures.

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