Musée de la Pêche de Concarneau
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Le Musée de la Pêche de Concarneau : sentinelle de la mémoire maritime bretonne
L'air sent le sel et le goudron. Depuis les remparts de la Ville Close de Concarneau, on entend le claquement des drisses contre les mâts et le cri lointain des goélands qui tournent au-dessus du port. C'est ici, à l'entrée même de cette cité fortifiée battue par les vents du Finistère, que se dresse un lieu unique en France : le Musée de la Pêche. Derrière ses murs de granit — ceux d'une ancienne caserne militaire —, plus de soixante années de passion, de collecte et de transmission racontent l'épopée des hommes et des femmes qui ont vécu de la mer.
Photo: See Wikimedia Commons, See file page. Source
Naissance d'un musée sans collection
En 1960, lorsque germe l'idée de créer un musée à Concarneau, ses fondateurs ne possèdent pas le moindre objet. Ni maquette, ni filet, ni instrument de navigation. Tout est à bâtir. Trois hommes s'attellent à cette aventure improbable : Charles Viaud (1920-1975), peintre et futur premier directeur du musée ; Marcel Chevannes (1895-1967), armateur dont les navires sillonnent l'Atlantique ; et Émile Le Tendre (1896-1974), libraire-imprimeur et mémoire vivante de l'histoire locale. Ensemble, ils fondent le 17 avril 1961 l'association « Les Amis du Musée de la Pêche de Concarneau ». Moins de trois mois plus tard, le 8 juillet 1961, le musée ouvre ses portes — un concept alors inédit en Europe : raconter l'histoire de la pêche à l'échelle mondiale, expliquer ses techniques et la vie maritime dans une démarche résolument pédagogique.
Le bâtiment lui-même porte les cicatrices de l'Histoire. Ancienne chapelle avant la Révolution, puis salle communale et dépôt de munitions, il est transformé en 1844 en caserne pour le 118e régiment d'infanterie — la « Caserne Hervo ». Au début du XXe siècle, il abrite une école puis une école de pêche. En 1961, deux salles seulement sont attribuées au tout jeune musée.
1960 Le projet de musée se concrétise à Concarneau — aucune collection n'existe encore
1961 Fondation de l'association (17 avril) et inauguration du musée (8 juillet)
1975 Décès de Charles Viaud ; Hervé Gloux lui succède et réoriente le musée vers l'architecture navale
1984 Acquisition de l'Hémérica, chalutier en acier de 34 mètres construit à Saint-Nazaire
1987 L'Hémérica est amarré au quai du musée — premier musée flottant de France
2003 Obtention du label « Musée de France » (17 septembre)
2012 La gestion est transférée à Concarneau Cornouaille Agglomération
2014 Restauration majeure de l'Hémérica, qui rouvre au public
Deux directeurs, deux visions complémentaires
Charles Viaud, artiste avant tout, insuffle au musée naissant un souffle esthétique et ethnographique. Sous sa direction, les premières vitrines se remplissent grâce aux dons des marins, des conserveries et des familles du port. Dès 1962, vingt-deux aquariums complètent le parcours. Mais la disparition prématurée de Viaud en 1975 marque un tournant. Son successeur, Hervé Gloux — architecte, décorateur, écrivain et artiste maritime —, réoriente la muséographie vers les techniques de pêche et la construction navale. Il crée un atelier de maquettisme intégré au musée, où des artisans construisent sur place des modèles réduits d'une précision remarquable. Aujourd'hui, la collection compte plus de 150 maquettes de navires, témoignages minutieux des bateaux qui ont marqué l'histoire halieutique, de la chaloupe sardinière aux grands chalutiers hauturiers.

Photo: LE NY SOPHIE, CC BY-SA 4.0. Source
Des collections forgées par la mer
Environ 2 000 objets composent aujourd'hui le fonds du musée, couvrant un arc thématique immense : l'histoire de la pêche depuis l'Antiquité, les pratiques halieutiques bretonnes et mondiales, les instruments de navigation, la construction navale, le gréement, la motorisation, le sauvetage en mer, la conserverie et la vie quotidienne des marins. On y découvre des pièces aussi insolites que des massues à thon en bois — utilisées pour assommer le poisson lors de sa remontée à bord —, des jetons de sardine, monnaie spécifique qui circulait dans le Concarneau maritime à la fin du XIXe siècle, une machine à coudre les voiles datant de 1889 (l'un des 64 exemplaires fabriqués) et des spécimens naturalisés de cœlacanthe, ce poisson fossile vivant qui fascine les scientifiques.
Photo: Raphodon, CC BY-SA 3.0. Source
L'Hémérica : un chalutier que l'on visite les pieds sur le pont
La pièce maîtresse du musée ne tient pas dans une vitrine. L'Hémérica, chalutier latéral en acier de 34 mètres, a été construit en 1957 aux Ateliers et Forges de l'Ouest à Saint-Nazaire, sous le nom de Pactole — dernier-né d'une série de huit navires. Acquis par le musée en 1984 et amarré à quai dès 1987, il fait du Musée de la Pêche le premier musée flottant de France. Depuis sa restauration en 2014, soutenue par la Fondation du Patrimoine, les visiteurs montent à bord, parcourent le pont, descendent dans la cale et la salle des machines, et découvrent les conditions de vie réelles des équipages hauturiers. Depuis le bastingage, la vue embrasse les quais de Concarneau et l'activité du port de pêche toujours en activité — un rappel vivant que l'histoire racontée à l'intérieur du musée n'est pas un récit achevé.
Photo: Raphodon, CC BY-SA 3.0. Source
Un héritage vivant, ancré dans la pierre et l'eau
Labellisé « Musée de France » depuis 2003, le Musée de la Pêche de Concarneau n'est pas un simple conservatoire d'objets anciens. C'est un lieu de recherche, de documentation et de transmission, contributeur de la base Joconde du ministère de la Culture. Ses domaines couvrent l'ethnologie, l'histoire, les sciences naturelles et les techniques industrielles. Situé au cœur d'un site patrimonial remarquable — la Ville Close elle-même, classée monument historique —, il incarne cette vérité propre aux ports bretons : la mer n'est pas un décor, c'est un métier, une culture, une identité.
Informations pratiques
Adresse : 3, rue Vauban, Ville Close, 29900 Concarneau
Téléphone : 02 98 97 10 20
Site internet : www.musee-peche.fr
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